Sakina M’sa et Maisons du Monde, la collab éclairée

Styliste créatrice et pionnière de la mode durable en France depuis plus de 15 ans, Sakina M’sa grandit dans l’archipel des Comores avant d’arriver à Marseille dans les années 80. De cette enfance modeste mais solaire, entourée des siens, naîtra ce qu’elle a de plus précieux : un regard différent, guidé par l’envie de rendre le monde meilleur. 

Sakina, peux-tu te présenter ? 

Sakina M’Sa, créatrice de mode éclairée et fondatrice de la marque éponyme.  

J’évoque toujours une « mode éclairée » pour éviter l’expression « mode durable » que beaucoup ne comprennent pas.  

Cocteau avait dit que « la mode, c’est ce qui se démode »; l’idée d’une « mode durable » s’articule mal avec cette définition, voilà pourquoi. 

Au moment où les femmes affirment leur place dans la société, il me semble que l’on doit trouver les mots justes pour accompagner l’affirmation d’un nouveau rapport au monde. 

Qui es-tu  ? Que fais-tu dans la vie ?

Je suis créatrice de mode, citoyenne engagée et une optimiste déterminée.  

Quelles sont tes valeurs et tes engagements ? Tes aspirations ?

Je suis attachée à l’autre, à l’humain, en impliquant les invisibles dans ma chaîne de valeurs. Je me rends dans les prisons, les banlieues, les favélas depuis des années pour partager mon métier. On arrive à créer de belles résiliences. Par exemple, j’ai une entreprise d’insertion qui accompagne des femmes en difficultés ou des réfugiées à travers la fabrication des prototypes. Ça paraît rien, mais c’est un premier emploi et un premier acte de dignité pour certaines. Cette démarche participe à la transformation de la société en « bien ».  

Démontrer par exemple qu’on peut faire le choix de la beauté sans être dans le futile, le polluant, le jetable ou l’ostentatoire. C’est le projet de la mode éclairée. 

Peux-tu nous parler ton lien avec la décoration d'intérieur ?

Ma réponse peut paraître à côté de la question. Mais j’ose le dire : j’adore cuisiner. Recevoir des ami.e.s à la maison. La convivialité est une valeur très forte et importante dans ma vie. Je soigne mon intérieur pour créer un cadre agréable pour ces occasions.  

J’ai adoré par exemple collaborer avec l’architecte Julien Fanjat de Regain qui a réaménagé mon cabanon au Vallon des Auffes à Marseille : la Désirade. Chaque produit a été soigneusement sélectionné en pensant à quel moment agréable on pourrait vivre grâce lui. Mais je dirais au final qu’être créateur de mode est bien proche de la décoration, proposer du beau avec du sens. 

Où as-tu puisé tes inspirations pour créer cette collection capsule avec Maisons du monde ?

C’est une inspiration qui vient directement de la sororité. Je suis admirative et profondément reconnaissante du combat des femmes qui ont toujours été dans l’ombre. Je pense à Camille Claudel, Rodinsculptrice de grand talent mais dont on ne conserve que sa folie. Je suis persuadée que dans la volupté de la danaïde de Rodin se cache beau ouïe de Camille. Ces femmes qui changent le paradigme de la société m’émeuvent et sont ici saluées. Elles ont inspiré cette collaboration. A travers d’abord deux visages qui s’embrassent et s’enlacent à pleine lèvres. Ce visage sensible s’éclate ici et là dans chaque produit. 

Coté couleurs, le bleu franc que j’utilise depuis des années se marie ici avec la terre et le soleil pour écrire un destin  féminin. Les femmes sont souvent optimistes malgré des journées de 24h. Elles puisent aussi dans la terre une détermination extraordinaire.  

Qu’as-tu développé avec Maisons du Monde ?

Nous avons développé 23 produits du quotidien qui font du bien à la maison. Du mug au saladier en passant par un tapis de dingue! Ces objets ont une mission : rendre la vie belle pour toutes et tous.

Qu’est ce qui caractérise cette collection capsule ?

J’avais envie de convoquer mes héroïnes et de permettre au plus grand nombre de jouer au jeu des devinettes. On a le bol Ernestine Ronai une grande figure du féminisme et une amie, mais aussi le vase Malala (en hommage à cette jeune femme qui a combattu si jeunes les Talibans). C’est un voyage en terre féminin. J’adorerais que les clientes demandent qui est Malala et prennent l’initiative de découvrir ces héroïnes du passé, du présent et du futur. 

C’est une collaboration 100% responsable mais aussi engagée qui sensibilise également au combat des femmes, de toutes les femmes.

Quel est le but de cette collaboration ?

Donner du bonheur dans les foyers et apporter de la couleur  et des essentiels. 

Mais aussi sensibiliser le plus grand nombre sur les femmes exceptionnelles qui ont su donner de la beauté et apporter un changement de paradigme dans notre société.  

Je suis fascinée par Simone Weil et je serais heureuse que le bol Simone puisse être l’occasion pour une  mère dans 20 ans de parler de l’IVG à sa fille née en 2022.  

Ce serait pour moi un cadeau merveilleux.